Rencontre avec Isabelle Fournier, professeure en spectroscopie de masse à l’Université de Lille. Elle est porteuse, avec le professeur Michel Salzet, du projet SPIDERMASS, un nouvel outil pour décrire les cancers in vivo.

Comme beaucoup d'innovations, l'idée de départ de SPIDERMASS vient d'une rencontre. Celle qu'Isabelle Fournier et Michel Salzet font avec un chirurgien du centre Oscar Lambret de Lille, qui cherche un moyen de disposer le plus rapidement possible d'informations sur l'état de développement d'un cancer des patients qu'il opère. Plutôt que de devoir attendre les résultats d'une biopsie, l'idée serait de disposer en temps réel, au cours d'une intervention chirurgicale, d'informations qui permettraient de guider le geste du praticien.

Le challenge est relevé, l'idée de SPIDERMASS est née. Cette technologie, développée au sein du laboratoire PRISM, où travaille Isabelle Fournier, permet au chirurgien de connaître en tant réel la "marge" dont il dispose autour de la tumeur qu'il ôte. L'objectif étant à la fois de s'assurer qu'il ne laisse aucune cellule cancéreuse dans les tissus du patient, tout en évitant de prélever trop, ce qui peut causer une diminution de la qualité de vie du patient.

La technologie SPIDERMASS en images

L'idée, est de réaliser, au moment même de l'opération, une analyse moléculaire la moins invasive possible. SPIDERMASS repose sur une sonde laser qui balaye et micro-échantillonne les tissus du patient, la matière ainsi micro-échantillonnée étant transmise en direct à un système d'analyse, le spectromètre de masse, par le biais d'un long tube pour ne pas gêner le chirurgien dans son geste. L'analyse est rendue à l'échelle de la minute.

Garder la main sur la techno

L'idée de valoriser la technologie est venue rapidement : un brevet est déposé avec l'aide de la SATT Nord dès 2014. Mais, au départ, l'idée n'est pas de créer une start-up. Isabelle Fournier espère plutôt proposer la technologie à des majors de l'instrumentation scientifique, spécialistes de la spectroscopie de masse.

« Mais en discutant avec ces entreprises, on a eu l'impression qu'elles souhaitaient que nous développions la technologie nous-mêmes pour éventuellement la racheter plus tard, si vraiment elle paraissait aboutie », explique la chercheuse. De plus, Isabelle Fournier craint que leur confier cette innovation conduirait celle-ci dans une voie que son équipe et elle n’auraient pas aimé lui voir suivre : « Nous ne voulions pas que la technologie soit rachetée pour ne devenir qu'un outil de marketing, que l'on montre, mais qui n'est pas utilisée au bénéfice des patients, à l'hôpital ».

La suite dans le podcast.

Cette interview a été réalisée le 28 août 2019 à Lille.