Le Ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, a lancé, le 4 juillet 2019, la 1ère édition du concours i-PhD, volet le plus amont des concours d'innovation destinés aux jeunes docteurs lancés dans la création d'une entreprise "deeptech".


C'est une initiative de plus dans la tentative de sensibiliser les jeunes chercheuses et chercheurs à valoriser leurs travaux de recherche dans le cadre d'une création d'entreprise. Annoncé à Grenoble par Frédérique Vidal le 13 juin dernier par vidéo interposée lors de la finale nationale du concours Ma Thèse en 180 Secondes, le concours i-PhD s'adresse aux doctorants et docteurs "engagés avec leur laboratoire dans un projet de valorisation".

BPI France, forte du succès de son concours i-Lab, dont i-PhD est en quelque sorte le pendant, s'est vue confier les rênes du projet. "BPI France est en charge de pousser le plan deeptech et de multiplier en France le nombre de startups mettant en œuvre des innovations de rupture", rappelle Pascale Ribon, Directrice Deeptech chez Bpifrance et responsable du concours i-PhD.

Informés en début d'année du souhait du Ministère de lancer un nouveau challenge, la nouvelle a fait l'effet d'une petite bombe chez les équipes de Groupe AEF Info. Avec le CNRS, cette agence de presse spécialisée porte en effet depuis 2015 le dispositif Docteurs Entrepreneurs dans le cadre du Programme d’investissements d’avenir (PIA). Décliné sous la forme de finales régionales depuis quatre ans (Grand-Est, Bourgogne Franche-Comté et Hauts-de-France), les équipes d'AEF Info ont dû batailler pour introduire Docteurs Entrepreneurs dans les écosystèmes locaux, eux-mêmes souvent riches en concours récompensant l'initiative entrepreneuriale dans le monde académique.

Dès lors, l'arrivée d'un autre concours ne risquait-il pas de semer le trouble dans le travail de terrain effectué jusqu'ici ? "Nous avons très tôt attiré l'attention du Ministère sur l'importance de bien coordonner les deux dispositifs, nous sommes je crois aujourd'hui sur la même longueur d'onde" explique Karine Jacov, Directrice des événements à Groupe AEF info. "Il y a sans doute des ajustements à effectuer à l'avenir, notamment en termes de communication", estime Thomas Coudreau, Président du Réseau National des Collèges Doctoraux, partenaire du Concours Docteurs Entrepreneurs, "mais l'essentiel est là : l'arrivée d'un nouveau concours destiné aux jeunes chercheuses et chercheurs, porté par l'Etat, est en soi un signal fort et positif."

Quelle complémentarité ?

Au reste, bien que le concours i-PhD soit présenté par le Ministère comme le dernier étage de la fusée, son domaine thématique ne recoupe pas totalement celui de Docteurs Entrepreneurs. Alors que le second s'ouvre à toutes les disciplines, y compris les sciences humaines et sociales, le premier s'attache d'abord à récompenser des projets "deeptech", même si, précise Pascale Ribon, ces derniers peuvent être enrichis de problématiques issues des SHS.

L'alignement des concours est d'autant moins évident, pour l'heure en tous cas, que les dates de dépôt en sont différentes et que les formulaires de candidature des deux concours sont proches, mais distincts. Pour un même projet, le chercheur entrepreneur devra donc remplir deux dossiers. Pas de quoi faciliter la hausse de la participation, alors même que le nombre de candidatures déposées à chaque édition de Docteurs Entrepreneurs en région ne dépasse habituellement guère la dizaine.

Car c'est peut-être là que le bât blesse, au fond, au-delà des questions de communication et d'agencement des concours entre eux. Après tout, les jeunes chercheurs ont-ils envie de crééer leur boite ? Le nombre relativement faible de candidatures n'est-il pas d'abord un signe de la frilosité, voire de l'indifférence des docteurs à l'égard de la création d'entreprise ? Et, si tel est le cas, les dispositifs du type i-PhD ou Docteurs Entrepreneurs ne se trompent-ils pas tout simplement de public ?

Pour Thomas Coudrau, "la question de la création de valeur n'est pas encore suffisamment bien appréhendée par les doctorants, encore que cela varie selon les disciplines et les laboratoires. C'est surtout une question de culture et, peut-être aussi, de contexte. Le rythme intensif de la thèse ne leur permet pas toujours de lever la tête du guidon et d'envisager l'innovation basée sur leurs recherches comme une voie d'évolution professionnelle. C'est sur ce point que nous avons sans doute collectivement des progrès à faire."

Le nombre de candidatures ne doit d'ailleurs pas masquer les progrès accomplis dans la sensibilisation des docteurs à la création d'entreprise, estime Karine Jacov : "Combien de formations à la création d'entreprise existaient avant le concours Docteurs Entrepreneurs ? Combien en existe-t-il aujourd'hui ?" Au reste, explique-t-elle, le but n'est pas faire de chaque doctorante ou doctorant une entrepreneuse ou entrepreneur. "L'idée est de leur faire envisager la création d'entreprise comme une option de poursuite de carrière crédible, pour laquelle ils ont, de par leur formation, de vrais atouts."

Pascale Ribon constate aussi une appétence croissante des jeunes chercheurs pour ces sujets. "Dans des disciplines comme la physique et les sciences de l'ingénieur, on a constaté de vrais progrès sur ces sujets de valorisation dans l'esprit des docteurs. L'idée, avec i-PhD, est de poursuivre en ce sens, en s'appuyant sur tous les acteurs locaux, des collèges doctoraux aux SATT ; en communiquant notamment sur les 'success stories' de ces chercheurs qui ont sauté dans le bain de l'entrepreneuriat et sont aujourd'hui épanouis dans leur vie professionnelle. L’environnement culturel de la recherche change et nous participons de ces transformations."

Les candidatures pour le concours national i-PhD peuvent être déposées jusqu'au 15 octobre 2019, 12h, les remises de prix auront lieu en décembre. Pour le Concours Docteurs Entrepreneurs, les candidatures doivent être déposées avant le 16 septembre 2019, les finales régionales intervenant en octobre. Si vous êtes jeune docteure ou docteur et que avez une idée d'entreprise ou un projet déjà assez avancé, vous savez ce qu'il vous reste à faire !