Journée chargée pour Jim Jourdane, Festival International de la Bande dessinée oblige ! Entre son stand, ses sessions d'autographes et quelques rendez-vous professionnels, l'auteur des "Mésaventuriers de la science" m'a quand même consacré un peu de son temps en m'accueillant dans l'atelier qu'il partage à Angoulême avec une consœur dessinatrice.

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Tout commence sur Twitter en août 2015 par une blague de scientifiques. Autour du hashtag #fieldworkfail, des archéologues, anthropologues, biologistes, partagent leurs anecdotes de terrain, souvent cocasses.

Le tweet d'Agata Staniewicz, zoologiste en Indonésie.

Jim Jourdane, alors storyboarder dans le milieu de l'animation, tombe par hasard sur ce fil de discussion. Il s'amuse, lui dont la vraie passion est l'illustration, à dessiner une de ces petites anecdotes et à poster son dessin sur Twitter. Vient un deuxième croquis. Et encore une autre. "Sans prétention, comme ça, juste pour le plaisir." A chaque fois, Jim contacte les chercheurs dont il a illustré la mésaventure. Les scientifiques adorent. L'aventure de Jim et de la bande dessinée qui va changer sa carrière commence.

La version illustrée de Jim Jourdane du tweet d'Agata Staniewicz

Crowdfunding réussi

D'abord par l'ouverture d'un site internet et du lancement d'une campagne de financement participatif pour faire de ces histoires un livre. La campagne s'achève à l'été 2016 par un succès : Jim recueille plus de 30.000 euros auprès de 1200 contributeurs. "Au-delà de ce soutien financier, j'ai été surpris d'être contacté par de nombreuses personnes qui voulaient m'aider ; certains me proposaient même de relire ou de traduire mes textes."

Il faudra encore près d'un an avant de voir le livre sortir de l'imprimerie, publié à 2000 exemplaires en version anglaise et, face au succès de cette version, à 2000 exemplaires en version française, puis espagnole. D'autres tirages suivront, et d'autres traductions, en chinois, en portugais, dernièrement en allemand.

Illustration et médiation

Si, à l'origine, l'idée de Jim Jourdane n'était pas de faire un ouvrage de vulgarisation scientifique, l'enthousiasme autour du projet et le succès du financement participatif révisent son ambition à la hausse. Jim dessine pour le livre des illustrations inédites, non postées sur Twitter. Surtout, il décide de consacrer plus de place que prévu à la contextualisation des recherches des scientifiques dont il illustre les déconvenues. Ce fut de loin le travail le plus compliqué et le plus long : traduire en quelques images des concepts et des projets scientifiques par nature complexes.

Quand je lui demande si son goût pour les sciences lui a facilité cette tâche de vulgarisation, Jim Jourdane rigole doucement : "La science ? Mais je n'y connais rien !" Puis, retrouvant son sérieux : "c'est d'ailleurs encore plus intéressant quand on n'est pas du milieu ; on se met à la place du lecteur, on pose aux chercheurs plus de questions."

Concrètement, ce sont les chercheurs eux-mêmes qui rédigaient les explications dans des versions qui, bien que simplifiées, restaient souvent difficiles à illustrer. Peut-être aurait-il eu parfois besoin, reconnaît volontiers Jim, un professionnel de la médiation scientifique qui fasse l'interface entre les chercheurs et lui.

Pari de l'autoédition

Mais l'histoire des "Mésaventuriers de la science", ce n'est pas seulement celle de la naissance d'un vulgarisateur scientifique hors pair ; c'est aussi celle d'une aventure d'éditeur. Avec le succès de la campagne de financement vient à Jim l'envie d'ouvrir sa propre maison d'édition pour diffuser sa BD. "Dans le domaine de l'édition, l'auteur est parfois la cinquième roue du carrosse. Je voulais me réapproprier cette dimension." La maison d'édition s'appellera Makisapa, du nom de cette espèce de singe qu'il découvre un jour, en partant à la rencontre d'une chercheuse dont il a illustré une anecdote de terrain.

Quand on lui demande si une suite aux Mésaventuriers de la science est prévue, Jim Jourdane hésite, un peu embarrassé. "Lorsque je me suis lancé dans le projet, en 2015", explique-t-il, "je me figurais que ça ne durerait que quelques semaines. Au final, cela m'a demandé tellement d'énergie !" Manière de répondre non... pour l'instant. Mais d'autres projets, directement issus de ce livre, sont en cours de préparation, dont une B.D sur la Mongolie, avec Charlotte Marchina, chercheuse en anthropologie sociale à l'EHESS. Pas mal, pour quelqu'un qui avoue ne pas s'y connaître en science et qui est tombé par hasard dans la vulgarisation scientifique !


Il n'est aujourd'hui plus possible d'acheter le livre, désormais épuisé, mais une version numérique existe.