Ce fut l'une des initiatives les plus remarquées de 2018 en matière de médiation : l'ouverture à Toulouse d'un café scientifique. L'Eurêkafé a fêté en avril dernier son premier anniversaire. Quel bilan ?

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Ils s'appellent Samuel Juillot et Arnold Oswald. Ils sont amis d'enfance. Le premier est docteur en biologie. Le second est ingénieur en matériaux composites biosourcés. L'un a fait un TedX. L'autre est lauréat français de Famelab 2017. Tous deux font partie de cette jeune génération de scientifiques qui a développé un goût au moins aussi grand pour la recherche en elle-même que pour sa diffusion.

Après une expérience de création de start-up (Glowee) après la thèse pour Samuel et, pour Arnold, des études à Montréal et une participation à Gaming For Good en Allemagne, les deux amis d'enfance se retrouvent en 2017 autour d'un même projet qui leur trotte dans la tête depuis longtemps.

Ce projet, c'est celui d'ouvrir un lieu convivial, où l'on peut aussi bien boire un verre entre amis que travailler, et où la science est partout. "Nous voulions proposer un lieu où l'on puisse naturellement venir parler de science et satisfaire sa curiosité", explique Samuel Juillot, "un endroit où les chercheurs pourraient parler de leurs travaux à des publics différents sans avoir à attendre la Fête de la science ou la Nuit des Chercheurs". Adaptant le concept de l'Anticafé, qu'Arnold découvre à Montréal - un café où l'on ne paye pas à la consommation, mais au temps passé sur place - Samuel et Arnold créent leur société début 2018.

Bilan

Le 14 avril 2018, c'est le saut dans le grand bain : l'Eurêkafé ouvre ses portes en plein centre ville de Toulouse. L'inauguration est réussie et les gros travaux de la rue où est situé le café n'empêchent pas l'équipe de prendre ses marques. Le café devient peu à peu un lieu bien identifié de l'écosystème toulousain. Le public vient. Les chercheuses et chercheurs sont nombreux à participer aux événements organisés. Seul, le public étudiant reste encore difficile à capter. Conférences, ateliers, démonstrations : la programmation est dense, variée et aujourd'hui bien rodée.

Petite visite guidée d'Arnold Oswald pour Grand Labo.

Reste la question du fonctionnement économique. Les revenus de l'Eurêkafé sont de trois ordres : paiement à l'heure, privatisations du lieu et ateliers pédagogiques, ces derniers ayant été mis un peu en pause, ces derniers temps. Trop chronophages à organiser. Tout de même, depuis huit mois, hors salaires, les revenus du café dépassent ses charges. Non que la situation économique de l'Eurêkafé soit idéale, bien sûr. "Ces derniers temps, pour garder l'entreprise à flots, nous avons fait le choix de ne pas nous payer certains mois", reconnaît Arnold, qui ajoute, confiant : "ce n'est pas anormal pour une toute jeune société et tout devrait être stabilisé sur ce plan en fin d'année." Ces passages parfois difficiles, Arnold les prend avec philosophie. "Le fait que nous nous connaissions si bien, Samuel et moi, nous permet de traverser plus facilement certaines des difficultés que connaissent de jeunes entreprises".

D'ailleurs, depuis son lancement, le duo est devenu trio. Après avoir été rejoints quelques mois par Tania Louis, Samuel et Arnold ont recruté Agatha Liévin-Bazin, docteure en éthologie et vulgarisatrice scientifique. Et une association, qui doit s'appeler Brique de science, devrait voir le jour à la rentrée prochaine. "Ni moi ni Samuel ne serons au bureau de l'association", précise Arnold, "son but sera de catalyser les énergies et les idées qui gravitent autour du lieu et de l'enrichir encore."

Campagne de financement

Pour lui permettre de financer de nouveaux projets et de continuer à s'équiper, l'Eurêkafé participe cette année à la 4e édition de La Fabrique Aviva. On peut les soutenir en votant pour eux jusqu'au 3 juin 2019. Bonne chance à eux ! Et, bien sûr, happy birthday, Eurêkafé ! 🎉