Ouverte en février 2018, Labtoo est une place de marché européenne pour la R&D qui permet aux chercheurs du public comme du privé de proposer et de commander des expériences. Rencontre avec son co-fondateur, Guillaume Leboucher, président de la SAS et docteur en biochimie à l'Université UPMC (à présent Sorbonne Université).

[Photo de une : Sophie Hue et Guillaume Leboucher]

Grand Labo : Comment fonctionne Labtoo ?

Guillaume Leboucher : Les utilisations peuvent être très nombreuses. Supposez par exemple que vous ayez besoin de faire un test sur culture cellulaire mais que vous n'ayez pas les cellules en interne. Grâce à Labtoo, vous pouvez faire appel à un expert qui travaille dans un autre laboratoire et passer commander d'une expérience auprès de ce labo.

Quel est le modèle économique ?

G.L : Il est assez simple : Labtoo prend une commission d'environ 15% sur ces transactions.

D'où vient votre souhait de créer une société ?

G.L : Très tôt, j'ai souhaité faire de la recherche. J'ai perdu ma mère jeune et, dans mon esprit d'enfant, j'avais à prendre une revanche sur la maladie dont elle a été victime. Je voulais guérir le cancer... Rien que ça ! Je suis devenu docteur en biochimie. J'ai ensuite intégré le National Cancer Institute, plus grand centre de recherche sur le cancer. J'ai ensuite travaillé chez Bio-Rad quelques années.

Les chercheurs sont-ils vraiment enclins à partager leurs expériences ?

G.L : Je le crois. Les mentalités changent. Aujourd'hui, tous les chercheurs sentent que le système est à bout de souffle. Mêmes ceux d'entre eux qui sont, disons, de tradition très académique, sont intéressés. Et les structures encadrantes du CNRS et de l'INSERM que nous rencontrons ne nous ferment pas la porte au nez.

Existe-t-il des concurrents à Labtoo ?

G.L : Deux plates-formes se rapprochent un peu de Labtoo aux États-Unis : Scientist et Science Exchange. C'est vrai, ils ont bien déblayé le terrain. Cela dit, je trouve que le modèle qu'ils ont adopté n'est pas très "user friendly". Nous avons travaillé longuement avec notre prestataire pour mettre au point le design de la plate-forme. Ensuite, nous avons passé du temps pour optimiser le plus possible l'expérience utilisateur.

N'y a-t-il pas aussi une concurrence interne ? Les plates-formes technologiques mutualisées entre labos, par exemple ?

G.L : Dans notre esprit, ces plates-formes sont des utilisateurs potentiels, pas des concurrents !

A quelles conditions Labtoo sera pour vous un succès dans un an ?

G.L : Notre premier critère de réussite, c'est bien sûr le nombre d’inscrits et de transactions. Nous avons aussi un gros challenge de communication ; nous avons besoin de nous faire connaître un maximum.

On est content d'y contribuer ! Et en termes de recrutements ?

G.L : Nous aurons bientôt besoin de recruter des commerciaux qui maîtrisent la dimension technique de la recherche et ses dispositifs techniques. Pour nous, le profil idéal est celui des docteurs. Qui mieux qu'eux pour vendre la solution Labtoo à d’autres chercheurs ? Nous rechercherons aussi probablement en 2019 un conseil scientifique (scientific advisor).

D'où vient votre envie de créer votre boite ?

G.L : Créer sa boîte, c'est vouloir prendre ses propres décisions, aller au bout de ses idées, s'exprimer. Mais, derrière ces attentes, une entreprise, c'est d'abord une équipe. Sophie Hue, la directrice générale, et moi sommes amis d'enfance. Nous nous connaissons bien, ça aide ! Et nos compétences sont complémentaires. Sophie, qui est passée par une école de commerce, s’occupe de la dimension gestionnaire et partenariale de Labtoo. Je prends en charge la partie développement de la plate-forme et l'aspect commercial.

Créer sa boîte, c'est vouloir prendre ses propres décisions, aller au bout de ses idées, s'exprimer. Mais, derrière ces attentes, une entreprise, c'est d'abord une équipe

Vous êtes docteur en biochimie. Avez-vous fait une formation complémentaire pour créer votre boîte ?

G.L : Non ! Mais j'ai travaillé chez Bio-Rad plusieurs années. Cette expérience dans le privé s'est ajoutée à ma culture de la recherche publique.

En tant que docteur, comment percevez-vous cette aventure entrepreneuriale ?

G.L : Le plus dur pour moi tient sans doute au fait d'être passé de l’autre côté de la frontière, si je puis dire, de devoir présenter une solution en laquelle on croit à la communauté des chercheurs, dont la profession est de critiquer, analyser, discuter... Ce n'est pas toujours facile, c'est sûr.

Mais c'est aussi extrêmement enrichissant. D'autant que les chercheuses et les chercheurs sont curieux de solutions, prêts à entendre de nouvelles choses. La communauté donne énormément de feedback. C'est précieux.