arrow-left arrow-right brightness-2 chevron-left chevron-right circle-half-full dots-horizontal facebook-box youtube-box soundcloud-box instagram-box facebook loader magnify menu-down rss-box star twitter-box twitter white-balance-sunny window-close
Le peer-reviewing en quête d'un nouveau modèle [2/5] : PREreview.org
4 min read

Le peer-reviewing en quête d'un nouveau modèle [2/5] : PREreview.org

Après Peer Community In, nous poursuivons notre série d'entretiens avec des fondateurs de plateformes alternatives de peer-reviewing.
Le peer-reviewing en quête d'un nouveau modèle [2/5] : PREreview.org

Passer outre les grands éditeurs scientifiques tout en ouvrant l'évaluation à des communautés sous représentées dans le monde académique, c'est l'ambition de PREreview.org. Entretien avec Daniela Saderi, co-fondatrice et directrice de cette toute récente plate-forme de peer reviewing.

Grand Labo : D'où vient PREreview ?

Daniela Saderi : L'idée m'est venue en 2016. J'étais alors doctorante en neurobiologie à l’Université de l’Oregon, aux États-Unis. Je dirigeais un club de lecture scientifique (journal club). Au cours d'une conversation avec une collègue postdoctorante, nous avons eu l'idée d'ouvrir un club de lecture dédié non plus aux articles parus dans des journaux à comité de lecture, mais aux preprints. Cela a bien fonctionné. En partenariat avec la plateforme Authorea, nous avons même développé des outils pour que d’autres clubs s'ouvrent ici et là.

Trois ans plus tard, en 2019, nous lancions PREreview en reprenant le principe de preprints relus collectivement, en insistant beaucoup sur  la dimension inclusive du processus de relecture. Notre objectif est d’amener davantage de jeunes chercheurs à participer à ces relectures, notamment de jeunes chercheuses et chercheurs issues de minorités souvent mal représentées dans l'université.

PreprintJC_webinar_share
How to get started with preprint journal clubs Samantha Hindle & Daniela Saderi eLife Ambassador Associates and co-founders of PREreview @PREreview_ This presentation is licensed under CC-BY
How to get started with preprint journal clubs

Grand Labo :  Comment est organisée PREreview ?

Daniela Saderi : Une fois que le projet eut montré son intérêt, nous avons obtenu un premier financement de 60 000 dollars de l’Alfred Loan Fondation pour l’OpenScience. Nous avons pu développer une plateforme où chercheurs individuels et groupes de lecture commentent et relisent les articles déposés sur les serveurs préprints comme BioRxiv ou MedRxiv. L’année dernière, nous avons obtenu une seconde bourse de 50 000 dollars du Wellcome Trust pour appliquer le même concept aux travaux sur les épidémies avec le projet Outbreak Science. Ces financements nous ont permis de recruter une personne à temps plein sur le projet, moi-même, accompagnée des deux autres fondateurs bénévoles : Monica Granados et Sam Kindell.

Grand Labo  : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur Outbreak Science ?

Daniela Saderi : C’est un projet similaire à PREreview, avec une plateforme d’accueil des relectures de la communauté. Avec des chercheurs des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies américain et européen, nous avons conçu une plateforme adaptée à leurs besoins en cas d’épidémie. Ce n’était pas inutile, vu ce qui se passe aujourd’hui ! Avec la pandémie actuelle, il faut être à la fois vigilant et rapide dans le traitement des preprints, car des centaines paraissent chaque jour. Il y a eu 350 inscrits sur la plateforme depuis le 1er janvier 2020, 140 demandes de relectures sur des preprints et 40 relectures réalisées.

Grand Labo : La valeur scientifique de ces preprints est parfois remise en question. Quel est votre point de vue sur ce sujet ?

Daniela Saderi : Je rappelle d'abord que, dans la forme actuelle de peer-reviewing, les articles disparaissent dans une boîte noire éditoriale pendant des mois, sans que l'on puisse vraiment connaître les étapes intermédiaires de correction. Les preprints ont, certes, leurs inconvénients. Par exemple, il peut arriver qu'un journaliste diffuse un article en preprint de mauvaise qualité avant qu’il n’ait été traité par la communauté, ou sans vraiment regarder les commentaires. Mais ce type d'écueils plaide surtout une meilleure formation des chercheurs comme d'autres professionnels à cet outil. Plus la communauté scientifique s'impliquera dans les processus de publication et de relecture d'articles en preprint, plus ce système sera vertueux.

www.outbreaksci.prereview.org

Grand Labo  : En quoi l'inclusion et de la diversité sont-elles au centre de PREreview.org ?

Daniela Saderi : Beaucoup de minorités sont sous-représentées dans le monde académique. Nous essayons de concevoir nos actions de manière à les inclure le mieux possible. Par exemple, nous avons organisé il y a quelques semaines un groupe de lecture en ligne pour discuter de preprints traitants de l’épidémie actuelle. Une centaine de personnes se sont inscrites, et 35 participants venues de partout dans le monde. Habituellement, ces événements sont hébergés physiquement lors d'une conférence où dans un laboratoire. Cet événement était accessible à toute personne avec une connexion internet, où qu’elle soit. Nous allons aussi développer le sous-titrage en direct pour permettre aux personnes malentendantes de participer sereinement. Nous sommes aussi partenaire de plusieurs organisation qui travaillent sur ces problématiques. Nous organisons par exemple des événements avec l’African Science Initiative qui promeut la science produite par des chercheurs africains ou issus de la diaspora africaine.

Grand Labo  : Les projets de peer-reviewing alternatif se multiplient, certains se ressemblent beaucoup. Qu'en pensez-vous ?

Daniela Saderi : Si nous partageons beaucoup d’idées avec d'autres projets, PEERreview.org me semble être le seul à vraiment se concentrer sur les problèmes de diversité et d’inclusion académique. Quoiqu'il en soit, le grand nombre d'initiatives est une bonne chose, car il faut expérimenter pour trouver la meilleure solution. Toutes ces initiatives ont un seul but : sortir du modèle actuel de l’édition scientifique et changer le fonctionnement des journaux scientifiques. Nous voulons un monde dans lequel le processus de publication de la recherche soit transparent, gratuit, et vraiment international. Dans ce monde, l'expertise des personnes se mesurerait à leur impact dans la communauté scientifique davantage qu'à leur appartenance socioculturelle ou institutionnelle.

Cet entretien a été réalisé en anglais.

Rejoignez gratuitement Grand Labo et recevez notre newsletter hebdomadaire.

S'inscrire
Déjà membre ? Connectez-vous
Vous vous êtes inscrit à Grand Labo.
Bravo ! Votre compte est désormais activé, vous avez accès à tout le contenu du site.
Vos informations ont été correctement mises à jour.