Sur Grand Labo

Notre live hebdo était consacré à la loi de programmation pluriannuelle de la recherche, actualité oblige. Premier débrief avec Simon Thierry, vice-président de l'ANDèS, Olivier Monod, journaliste à Libération, Maude Baudouin, post-doctorante au Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon et Julien Gossa, maître de conférence à l'Université de Strasbourg, auteur du blog Docs en Stock.

Et aussi :


🗞 Le débrief de la semaine


« Black Lives Matter ». Depuis la mort de George Floyd à Minneapolis, le 25 mai, ces trois mots sont sur tous les réseaux sociaux. Une partie de la communauté scientifique américaine les a progressivement repris à son compte. Lundi, sur Medium, Jasmine Roberts, professeure à l’université d’Etat de l’Ohio, résume d’une phrase la pensée d’un grand nombre de chercheurs : « L’enseignement supérieur a un problème. Il s’appelle la suprématie blanche ».

Effet de cette prise de conscience, mercredi 10 juin, le #ShutDownSTEM s'organise : le temps d’une journée, des milliers de professionnels de la recherche interrompent leurs travaux pour soutenir le mouvement, ce pendant que le collectif Academics for Black Survival and Wellness prépare une semaine de manifestations du 19 au 25 juin. Même la prestigieuse revue Nature fait, mardi, son mea culpa, reconnaissant faire partie « des institutions blanches responsables de biais dans la recherche et l’enseignement ». Dans son éditorial, elle estime que « la production scientifique dans son ensemble a été - et demeure - complice d’un racisme systémique » et qu’elle doit « s’efforcer de corriger ces injustices ».

Academics for Black Survival & Wellness Week

[LPPR] Pendant ce temps, le week-end dernier, près d’un an et demi après l’annonce d’Edouard Philippe, après une consultation du MESRI, des recommandations des sociétés savantes, trois rapports et des manifestations, le projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche et son exposé des motifs sont enfin connus. Critiqué par une partie de la communauté scientifique avant même sa publication - voir notre reportage en pleine manifestation le 5 mars dernier - la LPPR ne suscite pas un enthousiasme démesuré. Pardon pour la litote.

Le cortège de la manifestation du 5 mars / Mathieu Rouault

CDI de mission et tenure tracks à la française sont dans le viseur des opposants à une réforme dans laquelle ils lisent bel et bien ce qu’ils craignaient d’y trouver : un renforcement de la compétition et de la précarité. Sur ce plan, pas de surprise, estime Olivier Monod dans Libération : « le gouvernement persiste et signe ». Jeudi, accueil frileux au Sénat, où la commission de la culture, de l’éducation et de la communication appelle à « une refondation ambitieuse du système de recherche français qui tire les enseignements de la crise sanitaire ». Après une première discussion vendredi après-midi avec Frédérique Vidal, le CNESER doit émettre un vote sur le texte le 18 juin. Mais aucun calendrier parlementaire précis n’a encore été présenté. Wait and see.

Et aussi :

[Femmes&Science] A lire dans Le Monde Campus, cette enquête troublante parue mardi sur le sexisme dans le milieu des fouilles archéologiques. (Abonnés)

[PHDLife] Le jour où je suis tombée en panne et autres aventures doctorales : dans ce post de blog sincère et émouvant, une jeune docteure fait le récit de ses années de thèse et raconte son épuisement.

[ScienceOuverte] Le groupe "Observatoire des pratiques de la science ouverte" présente les principes pour réaliser un Observatoire dont les objectifs sont de suivre l’évolution de la science ouverte, d’aider à comprendre et expliciter son écosystème, de fournir des outils d’aide au pilotage, et d'accompagner, convaincre les acteurs.

[CommunicationScientifique] Les rédactions de Sciences et Avenir et La Recherche pourraient fusionner dans les mois qui arrivent. Dans un long article paru mercredi, Arrêt sur Images recueille les appréhensions des journalistes des deux rédactions, et revient sur les choix de Claude Perdriel, propriétaire des deux magazines.

A (re)écouter, Gérald Bronner, professeur de sociologie, interviewé lundi dans l’Invité(e) des Matins de France Culture. Dans un article publié lundi par Science-Presse donne quelques pistes pour reconnaître une théorie du complot. D’après l’épidémiologiste Dominique Costagliola, « durant la crise du Covid-19, certains chercheurs ont choisi de malmener la science ». Son interview est à lire dans Le Monde. (Abonnés)


🎯 Focus sur... COMPEER

Le logo de COMPEER

Déplacements restreints, travaux de laboratoire et de terrains suspendus, archives et bibliothèques fermées, etc. Comment soutenir la « relève scientifique » victime de la crise sanitaire ? Pour répondre à cette question, le Comité intersectoriel étudiant (CIE) de l’université de Québec a lancé le 6 juin dernier une plateforme pour inciter les acteurs de la communauté scientifique à prendre des mesures concrètes pour accompagner les étudiants et jeunes chercheurs.

Soutenu par le Fonds de Recherche du Québec, COMPEER centralise une série de recommandations concrètes à destination des gouvernements, agences de financement, institutions, associations scientifiques, etc.. L’idée est de les inciter « à mettre en place des mesures exceptionnelles pour évaluer les contributions scientifiques des individus dans des contextes de diplomation, de financement, d’embauche et de promotion ». Les promoteurs de COMPEER ont bien l’intention d’étendre l’initiative au-delà du Québec. On peut signer le manifeste ici.


📅 Agenda

Quelques événements qui ont retenu notre attention.

  • Assises de la valorisation de la recherche publique [15-16-17 juin]. L’événement s’adresse à tous les professionnels concernés par les enjeux de la filière valorisation de la recherche publique. En savoir plus.
  • The return of race science [23 juin]. Entretien avec Angela Saini, auteure du livre « The return of race science » et Esther Odekunle. Un événement organisé par Pint of Science. En savoir plus.
  • LIBER 2020 - 49e Conférence annuelle [22-26 juin]. La plus grande association européenne de bibliothèques de recherche organise son événement annuel en ligne. S’inscrire.
  • SciComm Challenge [en juin]. Organisé chaque mois par la plateforme Lifeology. Ce mois-ci, le thème retenu est l’infographie scientifique. Pour participer.
  • The scientific art exhibition [jusqu’au 30 juillet]. Le collectif de jeunes chercheuses et chercheurs Figure 1A organise une exposition des images de science, en octobre, à Lausanne. Vous avez jusqu’au 30 juillet pour envoyer vos productions (data visualisation, photo, peinture…) sur le thème scientifique de votre choix. Un petit exemple, cette image transmise par Joel Wellbourne-Wood, qui montre ce que contient un millimètre, vu au microscope. A voir sur Twitter.
Joel Wellbourne-Wood

🤷‍♀️ Wait, what ?

« Didier Raoult serait-il un con ? Humainement parlant, pas de doute » : Antonio Fischetti n’y va pas avec le dos de la cuillère dans son article sur Didier Raoult paru mercredi dans Charlie Hebdo, « Didier Raoult, le savant sachant mépriser ». L’auteur explique que le patron de l’IHU, au long de sa carrière, a publié certaines années pas moins de 300 articles. « Sauf que, matériellement, ce n’est pas possible. Cela fait près de 80 papiers par an en moyenne (...). Concrètement, cela veut dire que Raoult signe tous les travaux qui sortent de ses labos, travaux généralement menés par des étudiants étrangers sous-payés » souligne la journaliste. Difficile de le contredire.

On finit avec une petite BD de Nik Papageorgiou pour EPFL’s magazine : en espérant que le retour au labo se passe bien !

Nik Papageorgiou