🗞 Le débrief de la semaine


La presse généraliste s’intéresse aux revues scientifiques. La pandémie aura au moins eu cette conséquence positive : attirer - un peu - l’attention du grand public sur la façon dont la science est produite, et lui faire toucher du doigt le rôle crucial des revues scientifiques dans cette production. Chose rare en temps normal, de nombreux articles sont parus cette semaine dans la presse quotidienne généraliste sur ces questions.

C’est que, comme l’explique Olivier Monod dans Libération le 15 juin, à l’heure du « Lancet Gate », c’est « l’heure des comptes » pour les grandes revues scientifiques. Il rappelle que « la France paie plus de 30 millions d’euros par an à Elsevier, le principal éditeur, pour l’accès à ses revues, dont The Lancet. » Les revues scientifiques sont ainsi un « business très juteux » pour leurs éditeurs, confirme Cécile Thibert dans Le Figaro (abonnés)... et souvent aussi pour les chercheurs prolifiques qui participent à ce business, précise David Larousserie dans Le Monde lundi : « publier beaucoup dans des revues scientifiques peut rapporter gros ». Et le journaliste du Monde de souligner que, dans ce jeu, le Professeur Didier Raoult n’est pas un mauvais élève : « Le microbiologiste est sans conteste le chercheur qui publie le plus en France, avec 2018 articles signés entre 1979 et 2018, selon la base de données Scopus. »

Même intérêt cette semaine pour le monde merveilleux de l’édition scientifique aux Échos, où Leïla Marchand présente de façon très pédagogique le processus de publication dans une revue et les critères pour déterminer si une étude est suffisamment fiable ou non. Car la question de la faillibilité de ces revues se pose bien, y compris pour une revue prestigieuse comme The Lancet, dont Paris Match évoque l’« honneur perdu » en dépit des explications données à la presse par Richard Horton, patron depuis un quart de siècle du journal médical britannique. Dans une enquête passionnante signée par cinq journalistes, Le Monde explique comment cette revue a pu laisser passer une étude sur la chloroquine dont les données d’origine étaient si discutables et revient sur l’obscur parcours de Sapan Desai, fondateur de Surgisphere.

Et aussi...

🗳 [LPPR] La Loi Recherche tire-t-elle des leçons de la pandémie ? Il faut croire que non, selon Sylvestre Huet. Sur Le Monde, aussi, on lira un récit de la manifestation de jeudi, qui revient sur les craintes des chercheurs au sujet du projet de loi. Ce dernier était discuté le même jour au Conseil National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (CNESER). Un délai trop court après la publication du projet de loi, selon Maya Es, élue au CNESER pour l’organisation étudiante la FAGE et que nous avons contactée par téléphone : « Nous n’avons eu que 5 jours entre la publication et le vote, ce n’est pas assez pour une concertation. Nous avons simplement réussi à décaler le vote d’une semaine ». Peu avant 7 heures du matin, le texte a été approuvé par le CNESER avec 55,2 % des suffrages positifs. Un vote peu représentatif, selon l’élue étudiante. « Une grande partie de l’opposition était absente, et nous sortions de plus de 20 heures de débat...». Pour en savoir un peu plus sur le déroulement du vote, Martin Clavey revient sur le sujet dans son blog Sound Of Science. A lire aussi, cette interview de la Ministre Frédérique Vidal dans Libération, où elle tente de calmer les inquiétudes de la communauté scientifique et de justifier les mesures proposées par la loi. Le projet de loi doit être présenté le 8 juillet en Conseil des Ministres.

Le CNESER a voté la LPPR un peu avant 7h du matin, vendredi 19 juin. Twitter @ltrfbioUnsa (Martine Samama)

[Science Ouverte] Dans une tribune parue vendredi dans la revue Science Data, des chercheurs expliquent que les données primaires de génomique mises à la disposition de la communauté scientifique internationale pour lutter contre COVID-19 ne sont pas assez facilement réutilisables. « On appelle metadata la description des données. Ce n'est pas un domaine très glamour de la science, mais le respect des standards metadata est vital - c’est souvent la clé de découvertes scientifiques basée sur l’exploitation et l’interprétation des données. »

[Politiques de la recherche] Un nouvel appel à candidatures va être lancé pour la présidence du Haut Conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (HCERES). Le siège est vacant depuis fin octobre. A voir sur le site du ministère.

[Peer reviewing] Dans l’éditorial du 17 juin, Nature demande aux auteurs et éditeurs des conseils pour améliorer la communication de l’évaluation par les pairs.

[Vie de chercheurs] « Start a family, don't stop research » : c’est le sens de la recommandation de la League of European Research Universities publiée ce jeudi 18 juin. Dans une longue note, Adrienne Hopkins, chercheuse à Oxford, explique ce que les universités et organismes peuvent faire pour aider les scientifiques - surtout les chercheuses - à concilier vie familiale et départ professionnel à l’étranger : former les directeurs et directrices de laboratoires à ces questions, mieux communiquer auprès des scientifiques sur les droits et devoirs,  aider à garder le contact avec leur labo d’origine, anticiper les conditions du retour, etc.

[Vulgarisation scientifique] Les rédacteurs du magazine La Recherche, menacé de fusion - absorption avec la rédaction de Sciences et Avenir, ont lancé une pétition le 13 juin. Elle est soutenue par de nombreux scientifiques, dont Michel Mayor (Prix Nobel de physique 2019), Yves Meyer (Prix Abel 2017), et autres Prix Nobel et médaillés Fields. Vous pouvez la signer juste ici.

Nous voulions aussi vous montrer le site Sad Animal Facts, qu’on a découvert grâce à un tweet. Il présente des dessins d’animaux tristes accompagnés d’informations scientifiques. Et c’est joli.


Sur Grand Labo

  • Si le sujet de l’édition scientifique vous intéresse, nous avons démarré une série sur le peer-reviewing. Les deux premiers articles sont disponibles ici et.
  • Notre live de la semaine était consacré à la reprise des activités en laboratoire. Le replay est ici.

Focus sur … La réouverture de l'Eurêkafé à Toulouse

Rappelez-vous. Il y a un an, nous visitions l’Eurekafé, premier café scientifique de France situé dans le centre de Toulouse. La crise sanitaire et le confinement ont bien failli mettre un terme aux activités de ce lieu unique. Comment constituer une trésorerie qui permettra de passer le cap, l'aide de l’Etat et le chômage partiel ne suffisant pas ? Le 18 mars, Samuel Juillot et Arnold Oswald lancent une campagne de crowdfunding. L’idée : proposer aux habitués du lieu d’acheter des heures à l’avance. Et ça marche, s’étonne encore Arnold Oswald : « nous avons réuni plus de 12.000 euros... et même des gens qui ne vivent pas à Toulouse nous ont soutenus ». L’Eurekafé a pu rouvrir ses portes le 2 juin. Si la programmation des événements scientifiques est pour le moment réduite, tout devrait reprendre un cours normal à la rentrée. Si vous passez les voir, passez leur le bonjour de notre part.


Agenda

  • Webinaire : introduction à l’Open Access / 2 juillet / En ligne : L’événement, organisé par le collège doctoral languedoc roussillon veut sensibiliser les doctorants au contexte général de la science ouverte. Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 29 juin.
  • The return of science and race / 23 juin / En ligne (Youtube et Facebook) : Entretien avec Angela Saini, auteure du livre « The return of race science » et Esther Odekunle. Un événement organisé par Pint of Science. En savoir plus.

Wait, What ? 🤨

Ça ne date pas de cette semaine, mais nous avions envie de vous partager l’info trouvée sur Twitter : à Novosibirsk, en Russie, il existe une statue en l’honneur… des souris de laboratoire. Celle-ci a été érigée en 2013. Elle se situe en face de l’Institut de cytologie et de génétique de l’Académie des sciences de Russie. La statue mesure 70 cm de haut.

Creative Commons

Dernière chose : notre live de la semaine prochaine sera consacré aux scientifiques qui se lancent en politique. Rendez-vous mercredi, à 19h, sur notre chaîne YouTube !

A dimanche prochain !