Le debrief

Vendredi 3 juillet, Le Monde publie pas moins de quatre tribunes sur l’enseignement supérieur et la recherche. La première, rédigée par un collectif de 180 chercheurs, demande un débat public sur la loi de programmation pluriannuelle de la recherche et dénonce les « effets délétères » du texte qui doit être présenté mercredi 8 juillet en Conseil des ministres : « course aux publications que personne n’a le temps de lire, délitement des collectifs de travail par l’exacerbation de la compétition, cours sacrifiés ». Même point de vue sous la plume de l’économiste Manon Domingues Dos Santos qui déplore, dans la deuxième tribune, que « cette loi entérine et approfondit le clivage entre les sites de formation et les publics formés ».

La troisième tribune, signée par des représentants de la Communauté européenne des organismes de recherche technologique (ORT), enjoint les pays européens à investir massivement dans la recherche et l'innovation « pour regagner notre souveraineté technologique. »

On lira avec beaucoup de circonspection la quatrième tribune, parue le même jour dans le même journal, signée par quatre chercheurs de disciplines différentes. Elle se présente dans sa seconde partie au moins comme une défense à peine voilée des méthodes de Didier Raoult au nom du refus d’« une méthode scientifique unique ». Selon eux, « affirmer que sa méthode d’investigation n’est pas scientifique, au motif que la seule méthode objective prévalant devrait comporter un groupe de contrôle randomisé, est un propos académique, c’est-à-dire respectant les conventions du domaine concerné, mais il n’est pas épistémologique ».

On parlait aussi d'épistémologie, jeudi, sur France Inter. Étienne Klein, philosophe des sciences et directeur de recherche au CEA, qui vient de publier un essai, revient notamment sur la façon dont la crise sanitaire a révélé le rapport que nous entretenons à la science. Etienne Klein s'interroge notamment sur l'efficacité de la vulgarisation scientifique. « Je suis un grand partisan de la vulgarisation scientifique, j’y ai consacré une grande partie de ma vie. Je constate que ce n’est pas très efficace » explique le physicien, qui estime que « dans notre façon de faire de la vulgarisation, nous n’avons pas tenu compte de certains biais cognitifs qui conduisent à un désaccord entre le message émis et la façon dont il est reçu. »

La suite est aussi intéressante. « Tous les Français savent que la Terre est ronde. Mais combien savent dire comment on l’a su ? [...] Le fait que nous ayons une mauvaise connaissance de nos connaissances fait que nous les traitons un peu comme des croyances. Et comme dans beaucoup de canaux de communication circulent à la fois des informations, des connaissances, des commentaires, des croyances, etc., les statuts respectifs de ces différents éléments se contaminent : les connaissances sont considérées comme les croyances d’une communauté particulière, les croyances sont considérées comme des connaissances d’un certain type, etc. » Et d’espérer que nous saurons trouver les moyens de sortir de cette confusion.


Et aussi

A lire, ce post du blog Aéroergastère, qui explique pourquoi le partage du préciput de l’ANR, prévue par la LPPR, est une bonne nouvelle. « Le montant total de ces overheads serait autour de 400 à 500 M€ redistribués sur les institutions et leurs laboratoires chaque année (c’est à dire autant que le budget actuel que l’ANR met dans les projets) ».

Le chercheur Sylvain Deville partage son parcours du combattant pour trouver des financements. On vous prévient, le post est assez désillusionné. Son projet « va s’arrêter dans l’immédiat, en attendant de nouveaux financements, alors que nous avions encore de l’avance, et que plusieurs groupes majeurs du domaines connaissent mes plans et les trouvent excellents. […] Pas sûr de vouloir faire ce métier pendant encore 10 ans. »

Une enquête sur les usages et pratiques des outils numériques chez les chercheurs en France a été initiée par le Comité pour la science ouverte et « a pour objectif de mieux connaître vos usages relatifs aux outils numériques et aux données de recherche ». Date de réponse limite fixée au 15 septembre.


Focus sur... Picture a Scientist

Les formes de discrimination plus ou moins larvées dont peuvent être victimes les femmes de science sont parfois perçues avec une forme de scepticisme. En suivant le parcours de trois chercheuses, Picture a Scientist donne un visage à cette réalité souvent imperceptible. Le film, explique dans Science la journaliste Donna Riley, « révèle la nature systémique et structurelle de la discrimination genrée et du harcèlement dans la science à l'université. Il montre comment la combinaison du sexisme et du racisme donne des expériences différentes selon que vous êtes une femme blanche ou une femme de couleur. Le film révèle  comment nos biais implicites produisent de l’inégalité tout en nous empêchant d’en prendre conscience. » Un film de Sharon Shattuck & Ian Cheney.


Wait, What ?

« Et si on organisait un Festival du GIF Scientifique ? » s'est demandé, un jour, Jérémy Querenet, journaliste scientifique à France Bleu. « Chiche ! », a répondu l'équipe de la Fabrikà de l’université de Franche-Comté. Jusqu'au 7 juillet, ce festival présente ateliers, des conférences et des masterclass pour étudier ce format d’image particulier qui se prêterait très bien à la vulgarisation scientifique. L’évènement est entièrement diffusé sur Facebook.