Le debrief de la semaine

L’impact de la pandémie mondiale continue de peser très durement sur la recherche et la science en général. Ses conséquences sur la vie et les projets des jeunes chercheuses et de jeunes chercheurs, partout dans le monde, sont parfois catastrophiques.

Dernière en date, la décision du Gouvernement fédéral américain, annoncée lundi, de suspendre à la rentrée les visas des étudiants étrangers si les universités dont ils suivent l’enseignement donnent des cours exclusivement en ligne. Le MIT et l’Université de Harvard, concernés en premier chef, ont engagé un recours en justice contre cette décision cependant que, ici et , les pétitions apparaissent. Ran Abramitzy, économiste à Stanford, tire la sonnette d’alarme : « cette décision nuira en définitive à l’économie du pays car ces étudiants sont essentiels à sa créativité et à sa compétitivité ».

Dans Nature, où Chriss Woolston explique comment la pandémie conduit de nombreux jeunes chercheurs à mettre un terme à leur rêve d'enseigner un jour à l’université et à rechercher « un plan de sortie » dans un contexte où « les observateurs prédisent un vrai séisme dans le réajustement des carrières scientifiques ». En Grande-Bretagne, une récente étude a récemment révélé que près de 30.000 postes pourraient être remis en cause à l’université.

Pendant ce temps, on apprend jeudi dans The Guardian que, selon une étude, presque la moitié des doctorants australiens envisagent de cesser leurs études en raison de la pandémie, que 5 % d’entre eux sont actuellement sans hébergement fixe et que 11% sautent régulièrement des repas faute d’argent. « Si j’étais en post-doc à l’heure actuelle, j’aurais déjà pris mes jambes à mon cou », déclare la professeure Inger Mewburn de l’Université Nationale Australienne, auteure de The Thesis Whisperer, un blog très suivi par les chercheurs en début de carrière. Une manière tout à la fois de se mettre à leur place et d’appeler leurs encadrants à y réfléchir à deux fois avant de leur prodiguer des conseils de poursuite de carrière en adoptant une forme de « positivité toxique ».

Les auteures de l’étude citée dans The Guardian s’inquiètent d’un possible « exode de doctorants qui aurait un impact sur notre capacité de recherche future ». On serait tenté de dire qu’en Europe aussi, cet « exode » constitue une menace réelle dont il conviendrait peut-être de prendre la mesure. Pas sûr que la décision, vendredi, du Président du Conseil européen Charles Michel de réduire de 5 milliards d'euros le budget d’Horizon Europe, le prochain programme-cadre de l'UE pour la recherche et l'innovation, aille dans le bon sens.


A lire aussi cette semaine

[goodscience] Fallait-il vouer The Lancet aux gémonies ? Les rétractations et controverses qui ont entourées les recherches sur COVID-19 montrent que le processus de la science fonctionne correctement, estime Mark R. O’Brian dans The Conversation.

[LPPR] Sylvie Bauer et Olivier Coutard, dans une tribune parue hier dans Libération déplorent, entre autres, que « la débureaucratisation unanimement espérée, et d’ailleurs annoncée, n’est pas au rendez-vous » dans la loi de programmation pluriannuelle de la recherche, et que celle-ci « ne comporte pas de réforme du crédit d’impôt recherche (CIR) ».

[scicomm] Pour Katya Mameishvili sur TipBox, il y a au moins 5 raisons de publier sur Twitter votre prochain article ou preprint.

[phdlife] « Faire sa thèse, ça prend combien de temps ? » demande Émilie Doré dans son dernier post de blog. Bonne question, merci de l'avoir posée.

[openscience] Benedikt Fecher partage dans Elephant in the Lab son optimisme sur l'impact de la pandémie sur la façon dont la science est produite, notamment en matière de science ouverte : « dans la situation actuelle, où il est vital que la recherche soit menée rapidement et disponible partout, l'open access devient la nouvelle normalité ».


Focus / L'EER se cherche un second souffle

Jusqu’au 3 août 2020, la Commission invite la communauté scientifique à partager ses idées pour relancer l’Espace européen de la recherche (EER). La Commission s’est engagée à publier en septembre un plan pour redynamiser l’EER, en particulier pour développer la recherche et l’innovation dans les régions les plus pauvres d’Europe. Dans une interview à Science Direct, la commissaire européenne Mariya Gabriel estime en effet que le premier problème auquel est confrontée l’EER est le fossé de plus en plus grand qui, en matière de recherche et d’innovation, sépare les Etats membres les plus riches des pays qui ont rejoint l’UE après 2004. Donner son avis.


Agenda

> COPE webinar: Understanding text recycling / 7 août 2020 / En ligne. Une présentation des premiers travaux du groupe de recherche consacré à l’auto-plagiat, lancé il y a un an. En savoir plus.

> Première édition française de ComSciCon / 4 septembre 2020 / Paris-Saclay. Un workshop unique de communication scientifique à destination des doctorants et doctorantes. En savoir plus.

> Research Data Alliance 16e réunion plénière / 9-12 novembre 2020 / En ligne. Thème : "Knowledge Ecology". Comment les nouvelles technologies associées à la culture de la science ouverte peuvent façonner un système de production des savoirs mieux équilibré ? En savoir plus.


Wait, what ?

« Pourquoi les scientifiques veulent-ils que vous portiez des masques quand vous êtes dehors en public ? » demande Bill Nye, le célèbre vulgarisateur scientifique américain (qui a fort à faire en ce moment). Pour y répondre, ce passeur de science a publié une série de vidéos sur... Tik Tok, le réseau social qui monte. Comme quoi tous les moyens sont bons quand il s'agit de transmettre des informations scientifiques.