A l'occasion de l'édition 2018 du Forum CIFRE, on fait le point sur les Conventions Industrielles de Formation par la REcherche avec Pascal Giat, Chef de service à l'Association Nationale Recherche Technologie (ANRT).

Grand Labo : Les thèses CIFRE semblent encore assez peu connues des entreprises, notamment des petites. Est-ce un problème de communication ?

Pascal Giat : Cela tient à l'histoire du dispositif CIFRE. Il faut se souvenir que le monde industriel en était à l’origine et que c'est dans un second temps qu'il a été élargi à toute structure socio-économique.

Aujourd'hui des thèses CIFRE peuvent être mises en place par des collectivités territoriales, des PME, des ETI, des musées, des associations, etc. Il faut prendre le mot "industriel" dans son sens le plus large. Le dossier est déposé par la structure socio-économique qui accueille le doctorant. C’est elle qui va bénéficier de la subvention CIFRE - environ 14 000 euros par an pendant trois ans.

En 2016, 1377 nouvelles CIFRE ont été acceptées. Les chiffres de 2017 sont-ils meilleurs que ceux de 2016 ?

P.G : Le nombre de dossiers déposés et de CIFRE acceptées est en nette augmentation. 1433 nouvelles CIFRE ont été accordées en 2017. Le taux d’acceptation est le même qu’en 2016, autour de 85 %. Ce bon taux s’explique par la qualité des dossiers déposés. Lorsqu’une entreprise dépose un dossier, le projet est très mature, il a été réfléchi en amont avec le doctorant et son laboratoire.

Si vous deviez donner un conseil à un porteur de projet CIFRE, ce serait lequel ?

P.G : Je conseille avant tout au laboratoire, au doctorant et à l'entreprise de réfléchir au projet le plus en amont possible. Il faut que le choix du doctorant retenu et du projet de recherche soit mûrement pesé par l’entreprise et la laboratoire.

Le projet de recherche doit être dans la ligne directrice et la stratégie de développement de recherche de l’entreprise. Le laboratoire d’accueil doit être un spécialiste du domaine et doit avoir une capacité d’encadrement adaptée. Le tuteur en entreprise chargé d'encadrer le doctorant doit quant à lui maîtriser le sujet et être en mesure de consacrer réellement du temps à l’encadrement du doctorant. Ce sont des évidences qu'il est bon de rappeler.

Les sciences et technologie de l’information, les sciences pour l’ingénieur, les SHS, certaines disciplines attirent plus les projets CiFRE que d’autres. Mais seules 5 % des thèses CIFRE portent sur l’agronomie et l'agroalimentaire, par exemple. Comment créer davantage d’homogénéité entre les disciplines ?

P.G : D’un point de vue de structure socio-économique, la clé de répartition est assez stable d’une année à l’autre. Les chiffres de 2016 sont relativement reconduits pour 2017. C’est aussi un reflet de la recherche R&D sur l’ensemble du territoire en France. Il n’y a pas de sectorisation des CIFRE par rapport à l’ensemble de la répartition de l’activité de recherche en France. L’ANRT n’a pas vocation à favoriser un domaine plutôt qu’un autre. Il nous reste à mieux promouvoir les thèses CIFRE auprès des TPE et PME, c'est une certitude. Nous pouvons mener des actions de promotion ponctuelles dans les domaines la santé, les STIC ou l’agroalimetaire. Mais nous ne voulons pas privilégier un secteur plutôt qu’un autre.

Les entreprises sont bien aidées et accompagnées pour mettre en place des CIFRE. Outre les subventions s’ajoutent, pour la partie non subventionnée, l’accès au crédit Impôt Recherche. Pourtant les entreprises ne se bousculent pas pour présenter des thèses CIFRE...

P.G : Si l’on compare les résultats de 2016 avec ceux de 2017, on constate une croissance significative du nombre de demandes. Le nombre de dossiers déposés est aussi lié à la conjoncture économique. En situation de reprise de l’activité, le nombre de dossiers CIFRE croît. Nous avions 1650 dossiers en 2016, nous avons atteints 1813 dossiers en 2017.

1813 dossiers CIFRE présentés en France entière en un an... Est-ce un nombre satisfaisant, selon vous ?

P.G : N'oubliez pas qu’une CIFRE est le fruit d’un accord entre un laboratoire académique, un doctorant et une entreprise. Un vrai écrémage se fait en amont, que nous ne voyons pas.

L’intégralité des entreprises du CAC 40 ont recours à des thèses CIFRE, dispositif très bien connu et utilisé par elles. Plusieurs dizaines de thèses CIFRE en cours sont menées auprès de très grands acteurs économiques. Ces grandes structures ne manifestent pas le besoin de faire appel à davantage de thèses CIFRE. Je ne pense pas qu’une augmentation des enveloppes budgétaires du Ministère pour les thèses CIFRE conduirait à ce que les grands groupes y aient davantage recours.

Le Ministère et l’ANRT soutiennent un vrai effort pour promouvoir ce dispositif au niveau des PME. L’année dernière, les PME et les grands groupes ont fait jeu égal s'agissant du nombre de thèses CIFRE allouées. Près 600 thèses CIFRE ont accordées à des PME et 580 à des grands groupes. Cela dit, dans la petite moitié des thèses CIFRE allouées à des PME, 40 % de ces PME ont moins de 10 employés. Il s'agit des PME de très petites tailles, qui incluent start-up et TPE.

Le dispositif CIFRE souffre-t-il d’autres dispositifs concurrents ? La mission doctorant-conseil lui fait-elle par exemple de l’ombre ?

P.G : Je ne crois pas qu’il y ait vraiment concurrence. Les montages sont différents, les contreparties aussi.

Quel avenir aux thèses CIFRE dans l’avenir proche ?

P.G : Nous travaillons à la consolidation des thèses CIFRE dans les grands groupes. Il est important qu’ils soient toujours partenaires. Ils utilisent plusieurs dizaines de CIFRE par an.

Il faut aussi accompagner les PME dans la continuité. Pour une PME, une thèse CIFRE est un engagement plus conséquent. C'est pourquoi elle porte une CIFRE, rarement deux. Et, même quand il y en a deux, entre la fin d’une CIFRE et la suivante, la durée est très variable, de quelques mois à quelques années.

A ce sujet, nous venons de clore une enquête au cours de laquelle nous avons interrogé mille doctorants en fin de CIFRE et avons croisé les points de vue du doctorant, du tuteur en entreprise et du directeur de thèse. Cette enquête est en cours de finalisation.

En 2016, 72 % des docteurs CIFRE qui restent en France sont en emploi à durée indéterminée un an après leur soutenance. Pas mal. Pourtant, on a l’impression que le dispositif CIFRE reste mal connu des étudiants en master qui pourraient y prétendre.

P.G : Il y a un vrai travail de promotion à faire en amont auprès des écoles doctorales. Nous faisons tous les mois des interventions auprès de plusieurs d'entre elles. Plus de 20 % des entreprises ne se seraient jamais tournées vers un partenariat public/privé sans le dispositif CIFRE. C'est une raison de plus de se remonter les manches.

Pour en savoir plus, retrouvez toutes les infos sur les thèses CIFRE sur le site de l'ANRT.