Le 5 février, un collectif de jeunes chercheurs publiait une tribune dans Libération. Leur objectif : dénoncer la précarité à laquelle sont souvent confrontés les jeunes chercheurs, et présenter leurs inquiétudes quant à la loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR). Deux des auteurs de cette tribune sont les premiers invités de PhDLife, notre nouveau podcast consacré à la vie des doctorants et doctorantes.


Financer soi-même ses travaux de recherche, enchaîner les contrats-courts, parfois dans des villes différentes et payés des mois en retard ; attendre des années d’être titularisé et donc d’obtenir la garantie d’un CDI irrévocable, etc. La tribune publiée par un collectif de jeunes chercheurs le 5 février dernier dans Libération tient à le montrer : se lancer dans la recherche aujourd’hui, c’est souvent accepter le risque d’une forme de précarité. Pour certains, elle est financière. Pour d’autres, elle se manifeste par des déplacements ou déménagements réguliers. Clément Salviani, doctorant en archéologie à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, multiplie les allers-retours entre Bordeaux, où il est chargé temporaire d’enseignement et de recherche (ATER), et Paris, où il poursuit sa thèse - sans être défrayé.

Avec Alexandra Gros, qui a soutenu en 2015 sa thèse en neurosciences, et qui est désormais post-doctorante à l’Institut des maladies neurodégénératives à Bordeaux, ils sont les deux invités du premier épisode de PhDLife. Tous deux font partie des auteurs de la tribune. Plus que de pointer du doigt l’instabilité du quotidien de nombre de jeunes chercheurs, ils y affirment leurs inquiétudes quant à la loi de programmation pluriannuelle de la recherche. Annoncée il y a tout juste un an par le Premier ministre, celle-ci pourrait entrer en vigueur en 2021. Prévue pour redonner à la recherche davantage de visibilité, de liberté et de moyen, elle est critiquée par une partie de la communauté scientifique.

Pour certains, elle ne fera que creuser le fossé entre les universités ; pour d’autres, elle réduit la place laissée à la recherche fondamentale. Au-delà de ces craintes, les jeunes chercheurs signataires de cette tribune regrettent surtout que parmi les annonces déjà faites à propos de cette loi, aucune ne leur garantit une plus grande stabilité. C’est aussi le manque d’information donnée par le gouvernement qui alimente les contestations. Ainsi depuis les annonces de Frédérique Vidal, le 21 janvier dernier - notamment le minimum de 2 smic pour tout recrutement d’un chargé de recherche et tout maître de conférences - les tribunes se sont multipliées.

Après celles des jeunes chercheurs, c’est la ministre qui a ouvert le bal cette semaine avec une tribune parue lundi 10 février dans Le Monde. Elle y réaffirme le souhait du gouvernement d’investir massivement dans la recherche. Dans la matinée, 4 autres tribunes d’opposants à la LPPR paraissent. L’une, portée par par plus de 700 directeurs et directrices de recherche, parle d’une loi qui promeut “une infime élite œuvrant au profit d’une infime partie des savoirs”. Deuxième tribune, celle de la sociologue Christine Musselin. Elle redoute que la loi ne mette en avant “qu’une seule forme d’excellence”. Troisième tribune, celle d’un collectif de chercheurs et d’universitaires spécialistes du genre qui considèrent que la réforme creusera les inégalités femmes / hommes dans le monde de la recherche. Enfin, le collectif “Sauvons l’université” parle de la “destruction des collectifs de travail”. Dans l’après midi, réaction de Philippe Froguel : pour ce professeur de médecine il faut à l’inverse « vite une loi pour une science française productive, imaginative et compétitive ». Il parle d’ailleurs de réactions exacerbées dangereuses à propos des tribunes justement. Dans la semaine, d’autres tribunes sont parues, notamment une dans Libération intitulée “Une réforme à l’encontre des attentes des chercheurs”.

C’est donc sur cette problématique que nous avons fait réagir nos deux invités, Alexandra Gros et Clément Salviani, pour ce premier épisode de PhdLife, le podcast des jeunes chercheuses et des jeunes chercheurs.

Toutes les deux semaines, vous y trouverez un épisode sur la vie des jeunes chercheurs - quelle que soit votre discipline, votre université, votre centre de recherche, votre genre, votre nationalité, votre âge... Bonne écoute !