Si vous avez soutenu une thèse en sciences humaines réussie, votre jury vous a certainement encouragé à la publier. S’il vous a convaincu, vous adresser à un éditeur universitaire sera probablement votre première idée. Nous avons interrogé deux d'entre eux pour récolter leurs conseils.

Publier sa thèse permet de valoriser son travail, de faire connaître son travail dans son champ de recherche et d'élargir son lectorat au-delà du cercle des spécialistes de son sujet de recherche.

C'est aussi un moyen d'appuyer votre candidature à des contrats post-doctoraux ou à des bourses de recherche. Mais attention ! Le parcours qui mène à la publication de vos travaux peut être semé de quelques pièges. Voici 10 conseils à suivre avant de vous lancer dans l'aventure.

1 - Publier rapidement

« Le premier conseil que je donnerais, c'est de vite préparer le manuscrit une fois la soutenance passée », recommande Justine Debesque, chargée de l’éditorial aux Presses Universitaires du Septentrion, « il sera plus difficile d'y revenir quelques mois ou années après ». On souffle donc quelques jours après l'épreuve de la soutenance et on s'y met fissa ! :-)

2 – Publier votre thèse en ligne ? Oui, mais...

A l'heure des licences creative commons et de la démocratisation du savoir, il peut être tentant de diffuser gratuitement votre thèse sur Internet pour la rendre accessible au plus grand nombre. Mais ce choix est souvent incompatible avec une publication papier chez un éditeur, pour des questions de droits : demandez l'avis de votre futur éditeur avant de la publier en ligne. Il est très probable qu’il n'ait rien à redire à la publication de votre thèse en l’état, mais qu'il ne voit pas d'un bon œil la publication d'un manuscrit remanié.

3 – Éviter absolument l'édition à compte d'auteur

Quand on tape « publier sa thèse » dans un moteur de recherche Google, les premiers résultats proposent des sites de maisons d'édition à compte d'auteur vous proposant leurs services payants. Ces mêmes maisons spamment assidûment les doctorant.e.s à l'approche de leur soutenance. Elles n'ont ni ligne éditoriale ni reconnaissance scientifique et demandent souvent aux auteurs de céder leurs droits : à fuir.

4 – Bien cibler les éditeurs

Les éditeurs, même universitaires, ne publient pas d'ouvrages dans toutes les disciplines. « Il est rare qu'un éditeur accepte un manuscrit qui ne corresponde pas à ses collections », explique Marie, des Presses Universitaires de Vincennes. Une consultation en ligne du catalogue des maisons qui vous intéressent vous indiquera vite si votre thèse peut y trouver sa place.

5 – Préparer votre proposition

N'envoyez pas votre thèse seule à un éditeur : accompagnez-la d'un descriptif de deux ou trois pages, de la table des matières, du rapport de soutenance, d'un CV et d'un argumentaire expliquant quel est le public visé et la spécificité du futur ouvrage sur le marché du livre. Tout cela sous format PDF : « les éditeurs n'ont plus besoin de manuscrits papier aujourd'hui », signale Marie.

6 – Convaincre une maison d'édition

Allez à la rencontre de l’éditeur ou, à défaut, prenez contact avec lui par téléphone. Cela lui permettra de mettre un visage ou une voix sur un manuscrit, ce qui peut jouer en votre faveur pour obtenir une réponse positive. Obtenir une bourse de prix de thèse ou un financement quelconque peut aussi l'encourager à vous publier. Enfin, si vous êtes tenté de faire jouer la concurrence entre maisons d'édition, attention à le faire intelligemment et seulement si vous êtes l'auteur d'un manuscrit excellent et vivement recommandé. Et encore, explique Marie, « mettre une pression quelconque à un éditeur peut bien souvent le contrarier. C'est risqué. »

7 – Retravailler votre thèse

Aucune thèse n'est publiée en l'état : « il vous faudra transformer votre thèse en un ouvrage accessible à un plus large public : éviter le jargon disciplinaire, débarrasser le texte des sous-titres, le fluidifier, soigner les transitions, alléger les parties méthodologiques, synthétiser », conseille Justine. Et la raccourcir : aux Presses du Septentrion, les ouvrages n'excèdent pas 900 000 caractères et 450 pages. Ce travail incombe à l’auteur de la thèse, accompagné par l’éditeur.

8 - Être patient

La réponse d'une maison d'édition peut mettre plusieurs mois à arriver et, une fois le manuscrit accepté, « la validation par des experts et le travail éditorial durent environ un an », signale Justine.

9 - Ne pas compter gagner de l'argent

A moins de traiter du sujet sexy du moment, les thèses sont généralement publiées à 600 ou 700 exemplaires et dépassent rarement les 300 exemplaires vendus. Aux Presses du Septentrion, par exemple, des droits d'auteurs sont versés à partir du 301ème exemplaire vendu. Il est difficile de savoir quel sera le sujet sexy du moment quand on commence une thèse qui sera terminée 3 à 5 ans plus tard.

10 - Laisser l'éditeur faire son travail

Enfin, faites confiance à l'éditeur pour l'aspect commercial : c'est son métier ! Il sait quel titre sera percutant et évocateur pour les futurs lecteurs... ce ne sera certainement pas le titre initial de votre thèse – et quelle couverture sera attractive pour un public élargi.

Voilà pour quelques conseils glanés auprès d'éditeur. Si vous avez des expériences à raconter, des remarques à faire, n'hésitez pas à les partager dans les commentaires ci-dessous !