Avoir soutenu sa thèse, ou s'apprêter à le faire. Commencer à se projeter dans l'après, en réfléchissant sérieusement à la direction qu'on donnera à sa carrière. Préparer ses cartes de visite, son CV. Et, cassé dans son élan, être coincé à domicile pour cause de crise sanitaire internationale. Les jeunes docteurs de l'année 2020 pourront dire qu'ils ne seront pas arrivés sur le marché du travail au meilleur moment. Pour beaucoup, sans doute, l'après-thèse semble un horizon que la crise sanitaire a contribué à rendre flou, incertain.

Et pourtant, bien des choses peuvent être faites pour continuer à préparer sa future carrière malgré le confinement. C'est le message qu'on voulu livrer les invités du quatrième SOS téléthèse organisé samedi 2 mai en compagnie de Mathilde Maillard : Vincent Mignotte (ABG), Laurence Theunis (Adoc Talent Management), Florian Andrianiazy (PhD Talent) et Oriane Lorne (Université de Lyon).

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Continuer à explorer

C'est à un exercice de veille et de prospection auxquels les participants à l'émission invitent tout d'abord. La recommandation paraîtra étrange à l'heure où le confinement semble clouer au sol toutes les démarches de recherche d'emploi. Et pourtant, estime Vincent Mignotte, directeur de l'ABG, « il faut profiter de ce temps pour explorer, regarder autour de soi ». Les docteurs en recherche d'emploi peuvent ainsi continuer à solliciter des « entretiens-réseau », ces entretiens menés avec un professionnel d'un secteur d'activité à propos duquel on souhaite s'informer, tout en s'en faisant soi-même connaître. « En ce moment, vous ne risquez pas de vous heurter au barrage d'une assistante prétextant un voyage de son patron au Japon pour couper court à vos démarches d'entretien avec lui... » explique Vincent Mignotte. A charge pour les docteurs qui sollicitent de telles interviews en visioconférence de « prendre garde à l'arrière-plan ». Autrement dit, de ne pas sous-estimer l'image que l'on renvoie au cours de ces visioconférences, au travers de son attitude, de la manière de s'habiller, de l'allure de la pièce où l'on se trouve.

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Mais l'exploration doit être aussi bien tournée vers l'extérieur que vers l'intérieur. Jeunes docteurs et doctorants en fin de thèse peuvent profiter du confinement pour faire leur propre introspection, ajoute Vincent Mignotte : « faites le point sur vos qualités, vos compétences, vos motivations principales, le type de management que vous recherchez. Et parlez-en avec les responsables de votre équipe de recherche, de vos collègues ».

Même point de vue pour Laurence Theunis, consultante et business developper à Adoc Talent Management, qui considère que c'est le bon moment pour un bilan de compétences, par exemple, grâce aux outils nombreux sur la toile. Elle invite aussi à poursuivre son « enquête métier », en essayant de comprendre ce dont le marché à besoin, de s'inspirer du parcours de docteurs auxquels on peut s'identifier : « utilisez le temps dont vous disposer pour détecter les signaux faibles sur le marché, de quoi les entreprises parlent, quelles sont leurs actualités ». En ayant à l'esprit ce que, depuis plusieurs années, les acteurs du doctorat répètent régulièrement : la poursuite de carrière des docteurs n'est pas limitée à la R&D.

Mettre au point son CV, créer ou mettre à jour son profil Linkedin, toutes ces choses peuvent être faites en période de confinement. C'est ce que rappelle Oriane Lorne, coordinatrice du Pôle Carrières des Docteurs (PCD) de l'Université de Lyon, qui souligne le confinement ne contraint pas les PhD à l'isolement. A l'Université de Lyon, comme dans d'autres universités, les entretiens avec des conseillers carrières sont toujours possibles, qu'il s'agissent de faire un point sur son CV ou de peaufiner la présentation de sa page Linkedin. Certaines formations ont été maintenues, malgré la crise sanitaire, et transformées en 100% à distance, comme celle dédiée au MBTI, un outil d'évaluation psychologique. D'autres dispositifs, comme les Digi Talks, d'habitude en présentiel, sont maintenus en ligne à raison de un par semaine : un jeune chercheur ou jeune chercheuse présente son expérience à d'autres doctorants.

Crise économique

Mais, demandera-t-on, au-delà de ces outils et services, comment se projeter sereinement dans l'après-thèse, à l'heure où les nuages noirs d'une crise économique annoncée par tous s'amoncèlent au-dessus de nos têtes ? « Aujourd'hui, beaucoup d'entreprises sont maintenues à flot par l’État ; de sorte que personne ne peut prévoir la situation dans laquelle sera l'économie dans six mois », explique Florian Andrianiazy, cofondateur de PhD Talent. On peut craindre que les entreprises favorisent leurs centres de profit au détriment des centres de coûts, dont les budgets, logiquement, sont ou seront drastiquement réduits : prestataires, conseils, R&D.

Dans ce tableau plutôt sombre, il reste pourtant aux jeunes docteurs des raisons sérieuses d'espérer. Laurence Theunis et Florian Andrianiazy rappellent d'abord que les incitations fiscales de soutien à l'emploi en R&D continueront sans doute à jouer à l'avantage des docteurs : certaines entreprises voudront financer leur R&D en utilisant ces aides, et donc en embauchant des docteurs. Ensuite, comme dans toute crise économique, certaines entreprises s'en sortent mieux que d'autres : medtechs, pharma, numérique, etc. : des secteurs pourvoyeurs de postes pour les docteurs. Enfin, pour Florian Andrianiazy, les titulaires d'un doctorat en sciences humaines et sociales ont une carte à jouer à l'heure de la distanciation, à l'intérieur de l'entreprise comme à l’extérieur : management à distance, aspects psycho-sociologiques du télétravail, nouvelles manières de consommer... tous ces enjeux sont pour les docteurs en SHS une occasion de faire valoir leur expertise pour traverser la crise.

Car, quoiqu'il en soit des difficultés à venir sur le marché de l'emploi, une chose semble certaine : les entreprises, petites et grandes, auront besoin d'intelligences et de talents, dans tous les secteurs, pour s'adapter. A condition de rester curieux, d'être attentifs à la vie économique et industrielle en France et à l'international, les docteurs ont, à l'évidence, toute leur place dans le monde de l'après-covid19. Hauts les cœurs !


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