7e épisode de notre série "Poster" avec Damien Deville, doctorant en géographie à l'INRA de Montpellier, qui nous ouvre son univers de recherche : celui du retour à la terre des populations victimes de crises urbaines, et des formes de socialisations qui se développent dans ces jardins qu'elles créent. Enfilez vos bottes, c'est parti.


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On appelle cela le "retour à la terre". C'est un thème de plus en plus présent, qui fait même des succès de librairie ; c'est, pour Damien Deville, passionné d'anthropologie de la nature, une réalité sociologique très forte au coeur de sa thèse. Son terrain de recherche ? Les Cévennes, et plus particulièrement la ville d'Alès. Durement affectée par l'effondrement des industries historiques de la région (chaudronnerie, métallurgie), la commune d'Alès a engagé depuis quelques années des politiques de la ville dont certains axes portent sur le réinvestissement de ses jardins.

Peut-on répondre à la pauvreté de ces populations par des stratégies d'accompagnement d'un retour à la terre ? Et, si oui, lesquelles s'avèrent les plus efficaces et pérennes ? Car deux trajectoires se cotoient, explique Damien Deville, deux politiques écologiques, aussi. La première consiste à faire de ces jardins des espaces au service d'une reconstruction du tissu social, citoyen. On parle alors de jardins associatifs, héritiers des jardins familiaux des anciennes villes industrielles, régis par une gouvernance associative autonome. C'est plutôt le chemin choisi par la ville d'Alès.

L'autre trajectoire de ce retour à la terre, plus radicale, est celle d'une occupation informelle d'espaces. Le but est alors de répondre à des nécessités économiques : se nourrir, gagner un peu d'argent. Dans ce cas, les espaces cultivés sont plus grands, la pratique agricole plus productive et les jardins aménagés en ce sens.

Mais, au fil de la pratique, des apprentissages se mettent en place. Ce lieu que le jardinier avait investi pour produire, il finit par lui associer différentes fonctions : sociales, paysagères, parfois spirituelles. C'est le coeur du travail de la thèse de Damien Deville : qu'est-ce qui fait passer ces jardins d'une fonction purement productive à une fonction plus polyvalente ?

Le but est de mieux comprendre l'enjeu écologique, social et citoyen que représentent cette évolution pour les politiques de la ville, et de retracer l'histoire de ces jardins. "Cette histoire, c'est l'histoire d'une rencontre, celle d'un individu avec un espace, de plusieurs individus entre eux", explique Damien. "La force de ces jardins, c'est aussi de se réapproprier les processus environnementaux et de vivre au plus proches des éléments naturels. Cette une source de résilience territoriale, d'autonomie et, peut-être aussi, de poésie."

Théorie et pratique

Créateur d'une association, membre du mouvement Europe Ecologie Les Verts, Damien Deville ne cache pas son engagement politique. Mais comment concilier cet engagement et l'activité de chercheur, qui doit être la plus neutre et indépendante possible ? "Cette dualité est difficile à gérer ; elle peut-être parfois source de conflits, parfois avec d'autres chercheurs. Je l'aborde d'une part en étant très transparent à cet égard dans mes protocoles de recherche et, d'autre part, en cherchant à confronter mes convictions personnelles avec mes hypothèses de recherche et mes résultats. C'est un exercice à la fois violent et extrêmement enrichissant."

Pour en savoir un peu plus sur les thématiques de recherche et les engagements politiques et associatifs de Damien Deville, c'est par ici.