Je m'appelle Mathieu Rouault. Je suis journaliste. Depuis plusieurs années, je rencontre des professionnels de la recherche et de la communication scientifique. Les avoir côtoyés et écoutés m'a donné une idée : créer un média pour eux. Il s'appelle Grand Labo.


C'est l'histoire assez ordinaire d'un trentenaire qui décide de lâcher son job du moment pour vivre de sa passion. En l'espèce, le journalisme scientifique. J'étais alors chargé de communication dans une administration publique. Plein d'idées et d'enthousiasme - mais sans un sou et, plus embêtant, sans stratégie très claire - je quittais mon employeur avec l'idée de créer un magazine pour les jeunes chercheurs.

Ce fut, comme de raison, un joli échec. Le magazine ne naquit jamais et se transforma en blog ("Docteo"). Rattrapé par la raison économique, je trouvais un associé en la personne de l'excellent Swan Beiner-Molière et transformais avec lui mon entreprise naissante en agence de communication scientifique.

Ces quelques années à la tête de cette petite agence m'ont apporté trois choses : un peu d'expérience dans la gestion d'une entreprise ; de très nombreuses rencontres et discussions avec des chercheuses et chercheurs ; la conviction que de nouveaux formats, de nouveaux médias étaient à inventer dans l'univers des sciences et de l'innovation. C'est ainsi qu'avec Eddie Barrazuol, mon complice d'alors, nous avons présenté en mars 2018 notre candidature pour intégrer le Tank Média et y faire incuber une relance de Docteo. Nous avons rejoints la première promotion de ce nouvel incubateur, accompagnés par une jeune docteure, Nida Chabbah.

Pour plein de raisons sur lesquelles il serait oiseux de revenir, notre trio n'a pas fonctionné. Mais de ces discussions et de celles que j'ai eu durant les mois qui ont suivi l'incubation avec de nombreux professionnels de la recherche, l'idée est venue de créer un média qui s'adresse spécialement à celles et ceux qui, au quotidien, produisent de la connaissance scientifique ou la transmettent.

Un média pour les "gens de science"

Mais quoi de commun, à première vue, entre un doctorant en première année de thèse et un ingénieur de recherches à l'apogée de sa carrière ? Entre une professeure des universités et un médiateur scientifique ? Entre une éditrice scientifique et un chercheur en post-doc ?

Au-delà de leurs situations particulières et de leurs métiers spécifiques, tous sont directement concernés par les mêmes évolutions que connaît la science : ses conditions de production, ses valeurs, ses pratiques, ses modes de valorisation et de diffusion sont l'affaire de tous les "gens de science" - expression que je choisis, faute de mieux, pour désigner ce qui n'est pas - pas encore ? - une communauté au sens fort du terme.

D'où l'idée de construire en ligne un lieu ouvert, animé par des journalistes mais laissant la place à l'expression libre de chacune et de chacun au travers, notamment, de tribunes. Un média "miroir" qui donnerait à chacun à lire, à voir et à entendre les initiatives, projets, idées de celles et ceux qui font la science au quotidien comme de ceux qui la partagent et la diffusent. Un média qui investissent les questions qui les touchent, qu'elles soient pragmatiques ou plus fondamentales et théoriques. Un média qui explore, comme un grand laboratoire à idées, les nouvelles manières de faire science ensemble.

Enseignantes-chercheures et enseignants-chercheurs, médiatrices et médiateurs scientifiques, chercheuses et chercheurs, doctorantes et doctorants, journalistes scientifiques, ingénieures et ingénieurs, éditeurs et éditrices scientifiques, bibliothécaires, etc. : Grand Labo est fait pour vous.

Quels sujets ?

Grand Labo traitera de tous les sujets qui concernent la vie des chercheuses et des chercheurs et celle de la communauté des"gens de science". Sans exhaustivité, voici quelques exemples de thèmes que nous voudrions commencer à traiter dans les prochaines semaines :

  • systèmes d'édition et publication de la recherche scientifique, politiques d'open science et stratégies d'open data ;
  • formes de valorisation de la recherche, notamment par la création d'entreprises ;
  • enjeux science-société et formes nouvelles de la communication et de la médiation scientifiques ;
  • problématiques de financement et de gouvernance de la recherche ;
  • intégrité de la recherche, éthique de la recherche ;
  • poursuite de carrière (notamment hors "voie académique") ;
  • reconnaissance académique et place des femmes et des minorités dans le système de production de la science ;
  • etc. !

Quels types de contenus ?

Un mot sur les formats et les types de contenus. L'ambition est de proposer des narrations variées, originales et enrichies, en utilisant toute la panoplie d'outils dont le journalisme moderne dispose aujourd'hui : articles, vidéos, podcasts, etc. Nous recourrons aussi beaucoup aux réseaux sociaux pour proposer des contenus originaux. Une bonne raison de nous suivre sur Facebook, Instagram et Twitter !

Les contenus du webzine sont, comme partout ailleurs, classés par mots-clés, que l'on retrouve ici. A côté des articles, des formats particuliers sont (et seront) lancés : Poster, PhD Hour, Inside Labs et un podcast.

Profitons-en pour dire que le style du média sera le plus direct possible, son ton volontiers optimiste, tourné vers les solutions, et qu'on ne s'interdira pas de faire un peu d'humour potache et d'autodérision de temps en temps 🤪. Si vous vous sentez à l'aise avec ça, et que vous souhaitez proposer un article, les contributions sont les bienvenues.

Quel modèle économique ?

L'une des questions principales qui s'est tout de suite posée dès le Tank Média, concerne, évidemment, celui du fonctionnement économique du magazine. Nous avons aujourd'hui trois convictions :

  • faire un média en ligne payant, financé par ses lecteurs, pour mener de façon indépendante nos projets éditoriaux sans dépendre de subsides publics ou privés ;
  • ne pas conditionner l'accès aux contenus à une forme d'abonnement qui exclurait de facto celles et ceux dont la situation financière est délicate, à commencer par les jeunes chercheuses et jeunes chercheurs, en particulier celles et ceux qui, faute de financement, jonglent entre un job (le jour) et une thèse (la nuit) ;
  • ne pas opter pour la publicité comme mode de financement du magazine ; parce que les annonceurs se font rares et parce qu'une expérience de lecture qualitative est presque toujours appauvrie, voire ruinée, par la réclame en ligne.

Qualité des contenus, coûteux à produire, d'un coté ; financement équitable et transparent, de l'autre : d'autres que nous se sont confrontés à cette équation redoutable et ont traversé les pires difficultés. Nous ne nous leurrons pas sur l'ampleur du challenge et ne prétendons pas que notre solution soit parfaite. Mais nous espérons avoir choisi une voie raisonnable.

Le média sera financé de quatre façons :

  • d'abord et avant tout par ses lecteurs ; vous pourrez rémunérer notre travail à l'aide de tips du montant de votre choix sur la plate-forme de financement participatif Tipeee ;
  • ensuite, par des prestations d'animation de tables-rondes et d'événements scientifiques, notamment d'événements desquels nous serons partenaires ;
  • par des formations à la communication et au journalisme scientifique auprès de nos lectrices et lecteurs, au travers des établissements et organismes publics dont ils sont membres ;
  • enfin, par des opérations ponctuelles de sponsoring : en fonction de certains sujets et de certains formats, nous mettrons en place des partenariats qui nous permettront de faciliter la réalisation de contenus originaux de qualité.

Ce fonctionnement, nous allons le tester et probablement le faire évoluer au gré des résultats obtenus et de vos retours. Sur ce point comme sur d'autres, nous expérimentons. On ne s'appelle Grand Labo pour rien ! Régulièrement, nous partagerons avec vous l'état de nos réflexions sur ces questions de financement qui sont au cœur de la confiance qui doit s'instaurer entre un média et ses publics.

What's next ?

Grand Labo organisera prochainement plusieurs soirées de lancement du média en compagnie de nombreux invités. On aimerait beaucoup vous y rencontrer. Ces événements seront gratuits mais le nombre de places (très) limité. Pour vous joindre à nous, inscrivez-vous en ligne ici !

J'espère avoir l'occasion d'échanger directement avec vous au cours d'une de ces soirées. En attendant, n'hésitez pas partager avec l'équipe vos premières impressions sur le média et sur les quelques idées que j'ai souhaité vous exposer ici en nous écrivant à hello[at]grandlabo.com ou en commentant ci-dessous cet article.

Bienvenue sur Grand Labo !

A bientôt !


Par leurs conseils et leur aide, ils ont contribué au lancement de Grand Labo : merci à Thymoté Guyot-Petyt, Swan Beiner-Molière, Yoann Frontout, Jérémie Potée, Emilie Doré, Morgane Rouault-Mouraine, Kevin Fournier, Manuel Canévet, Morgane Petit, Joris Paris, Charles Germaneau, Jérémy Freixas, Morgane Taquet, Lison Noël, Eddie Barrazuol, Nida Chabbah et l'équipe du Tank Media.


🚀 Vous pouvez soutenir dès à présent Grand Labo sur la plateforme Tipeee.